ETTORE SOTTSASS :: LE DESIGN ou LA VIE ?

Posted by on Août 23, 2017
ETTORE SOTTSASS :: LE DESIGN ou LA VIE ?

« Pour moi le design est une façon de débattre de la vie. » (E. S.)

Naviguant entre architecture, design industriel et design expérimental, Ettore Sottsass occupe à partir des années 50 une place de choix sur la scène de la création italienne. Intellectuel engagé, esprit libre et non conformiste, il a su être au cœur des mouvements culturels de son temps, en assurant une continuité depuis son expérience fondatrice chez Olivetti dans les années 50 jusqu’à la création de Memphis en 1981. Sa démarche et son engagement s’inscrivent dans une réflexion qu’il a menée au cœur de l’avant-garde italienne des années 60 jusqu’au Nuovo Design des années 80 où une nouvelle génération de designers revendique son héritage spirituel. Tour à tour designer, architecte, céramiste, dessinateur ou photographe, il a exploré les champs de la création avec une grande liberté.

Plusieurs fois récompensé par le Compasso d’Oro, il fait partie des figures incontournables de la création qui ébranla les certitudes des adeptes du fonctionnalisme.

1981, Ettore Sottsass: « Carlton » Room Divider


Né en 1917 en Autriche d’un père italien et d’une mère autrichienne, Ettore Sottsass rejoint dès le plus jeune âge l’Italie, berceau familial.

Encouragé par son père architecte, qui fut lui-même l’élève d’Otto Wagner, il entreprend des études d’architecture au Politecnico de Turin où il obtient son diplôme en 1939.

Il se positionne très tôt dans un rapport intellectuel et métaphysique à la création, influencé par Luigi Spazzapan, artiste et ami, qui apporte un contrepoint à sa formation académique.

À défaut de réaliser l’architecture dont il rêve, il préfère concevoir des objets architecturés. Il fonde alors en 1947 son agence de design à Milan, ville qu’il ne quittera plus. Grâce à sa curiosité, ce touche à tout infatigable et doué s’oriente tant vers la peinture que le graphisme, la création de meubles, de bijoux et de céramiques ; ces pratiques se nourrissant l’une l’autre selon le principe d’une « fertilisation croisée ». Cette époque est, pour lui, celle des premières expérimentations où il va définir sa polyvalence.

Moins pessimiste et fort de son expérience pluridisciplinaire, Ettore Sottsass fonde en 1981 le groupe Memphis. « À force de marcher dans des zones d’incertitude, à force de dialoguer avec la métaphore et l’utopie, à force de rester à part, nous avons accumulé aujourd’hui une certaine expérience. Nous sommes devenus de bons explorateurs. » (Ettore Sottsass, in Le Nouveau design italien, Nally Bellati, édition Terrail, 1991.)

Memphis va donner une résonance internationale au Nouveau design italien.
Inspiré d’une chanson de Bob Dylan, le nom est apparu un soir où le groupe définissait ses orientations. Évoquant également la capitale de l’empire égyptien, Memphis représentait le raffinement de civilisations passées et la culture américaine.

En obtenant l’appui financier d’Ernesto Gismondi, patron d’Artémide, société italienne d’art de la table et de luminaires, l’assistance commerciale du magasin Godani et l’aide technique de l’ébéniste Renzo Brugola, Sottsass réunit dès le début les conditions de la réussite. Il s’entoure également de jeunes designers comme Matteo Thun, Aldo Cibic ou Michele De Lucchi et de Barbara Radice, journaliste et critique d’art qui prend la direction artistique du groupe. Ensemble, ils définissent le langage formel et coloré de Memphis, donnant la priorité à la présence de l’objet.

La présentation de leur collection de pièces uniques au Salon international du mobilier à Milan est un choc. Loin du sage compromis du design industriel, les objets Memphis (mobilier, luminaires, orfèvrerie, tapis, céramiques) sont, selon Sottsass, « plus colorés, plus joyeux, plus optimistes, plus humoristiques ».

Ils s’affichent dans une polychromie affirmée, des revêtements insolites et des associations contradictoires de matériaux. Les laminés décoratifs de la société Abet Laminati, matériau idéal puisque sans culture, permettent de créer des objets expressifs. Couramment utilisée dans les cuisines et les salles de bain, la texture de ces stratifiés donne un caractère volontairement kitch et ironique aux meubles.

Ils deviennent le revêtement essentiel et le support de motifs excentriques comme le Rete, le Serpente ou le Bacterio, motif fourmillant lui-même issu du Spugnato, sorte de tâche organique que Sottsass imagine dès 1979.

Memphis fait du design un phénomène médiatique tourné vers une communication visuelle spectaculaire. Suivi avec intérêt depuis l’étranger le mouvement s’internationalise par l’intermédiaire de plusieurs designers : Nathalie Du Pasquier en France, Javier Mariscal en Espagne, Hans Hollein en Autriche, Shiro Kuramata au Japon, Mickeal Graves et Peter Shire aux Etats-Unis.



Sans jamais s’orienter vers une véritable production industrielle, les objets Memphis, produits en séries limitées, cherchent à fuir la banalité du quotidien. Ils deviennent rapidement le symbole visible d’un nouveau style de vie cependant réservé à une élite. Fer de lance du Nuovo design, ce groupe marque durablement les esprits et l’univers de la mode, du graphisme et de la publicité.

Bien que ses productions soient d’une grande variété et couvrent le domaine du design industriel jusqu’au monde de l’artisanat, le dénominateur commun de son travail réside dans un langage formel qu’il élabore peu à peu dans une cohérence jamais démentie.

Ses formes sont simples, limpides, totémiques et géométriques. Il travaille à partir de signes graphiques élémentaires. Cercles, cylindres, carrés, lignes, points sont jugés suffisants pour s’exprimer.

Il cherche cependant à les utiliser «pour tenter d’arracher les formes géométriques aux mathématiques, à la rigueur intellectuelle, pour revenir à d’éventuels archétypes mythiques », car « points et cercles renvoient aux grandes révolutions cosmiques dont la vie humaine est un fragment » (E.S.).

La couleur qu’il considère comme l’expression de la vie est un vocabulaire indispensable qu’il met au service de ses créations.

Leur juxtaposition est un moyen de « libérer des énergies positives, des énergies vitales, voire thérapeutiques ».

 

Cultivant le plaisir du geste, il montre toute sa vie une parfaitemaîtrise du dessin, outil essentiel de son expression. Ses croquis comme ses créations sont des variations subtiles et méthodiques où il met en place des assemblages infinis à la recherche de la tension la plus juste entre les éléments. En témoignent également ses créations de bijoux, céramiques et verrerie, ses petits objets et ses grandes architectures.

« Toutes mes créations ressemblent à des petites architectures. » (E. S.)

 

A voir ou déjà vu ?

The Met expose Etorre Sotsass et son design radical jusqu’au 8 octobre 2017 !

Memphis au Design Museum de Londres

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